Enquête dans la deuxième ville la plus vidéosurveillée de l’Hexagone

photo Pierre-Alain dorange

Depuis 2001, Nîmes se veut à l’avant-garde du développement de la vidéosurveillance en France, sous l’impulsion de son maire, Jean-Paul Fournier. Déjà dotée d’un système de surveillance automatisée de l’espace public, la collectivité œuvre désormais, à bas bruit, au déploiement de la reconnaissance faciale. Se rêvant pionnière en matière de sécurité « intelligente », l’agglomération gardoise a lancé en 2018 un vaste plan pour une « Smart Security ».

En 2019 – 2021, la section LDH de Nîmes s’est investie dans la défense des libertés numériques, et tout particulièrement en ce qui concerne la vidéosurveillance à Nîmes. Dans ce cadre, nous avons été en contact avec le média internet « Sciences critiques ». Ce média vient de faire paraître le volet 2 de son enquête sur la vidéosurveillance, consacré à la situation nîmoise.

lien vers l’enquête

A Beaucaire, n’oublions pas le 19 mars 1962 !

Cette date marque la fin d’un long drame colonial, commencé 190 ans plus tôt par la conquête de l’Algérie en causant la mort de plusieurs centaines de milliers d’Algériens. Cette sinistre aventure va aboutir à une guerre où se mêleront le sang et les larmes des futurs citoyens d’Algérie et ceux des Français tant Pieds-noirs que Métropolitains.

Même si tout n’a pas été résolu le 19 mars 62 entre les deux pays, il s’agit d’une date symbolique marquant la fin des combats armés et c’est pour cela qu’elle a été choisie officiellement par la République française pour être la « journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc. »

Réagir Pour Beaucaire, et de nombreuses autres associations, ne veulent pas voir disparaître le souvenir de ce terrible conflit et de ces victimes, qu’elles soient d’un bord de la Méditerranée ou de l’autre.

C’est pour ces raisons qu’elles condamnent la scandaleuse décision de la municipalité de Beaucaire de supprimer le nom d’une rue de la ville rappelant cette date du 19 mars 1962.

Chaque année, pour ne pas laisser le maire Julien Sanchez falsifier l’histoire, ces associations se réunissent dans l’ancienne rue du 19 mars, pour, symboliquement, redonner à cette rue son nom initial.

En cette année 2022, exactement 60 ans après la fin de la guerre en Algérie, et particulièrement au moment où des discours révisionnistes circulent de façon insistante, il est encore plus important de marquer notre attachement aux valeurs de l’Histoire.

Le 19 mars 2022, à 11h,
en haut de l’ancienne rue du 19 mars, (à la hauteur de l’entrée de l’école maternelle de la Moulinelle)
VENEZ NOMBREUX
pour affirmer solennellement que nous n’oublions pas

le message de paix que porte la date du 19 mars 1962.

Un budget phagocyté par la construction, au détriment des alternatives à la prison

Un communiqué commun de l’A3D, l’Acat, Aides, l’Anaec, l’ASPMP, Auxilia, Ban public, le Casp-Arapej, la CGT Insertion-probation, Citoyens&Justice, la Cimade, le Clip, le Courrier de Bovet, Emmaüs, la Farapej, la FAS, la LDH, Lire pour en sortir, l’OIP-SF, Possible, le Secours catholique, le SNPES-PJJ/FSU, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature et le SNPES-PJJ/FSU.

Le budget alloué à l’extension du parc immobilier pénitentiaire concentre l’immense majorité des fonds publics. Aux près de 5 milliards d’euros de dettes de construction à épurer à ce jour, le budget pour 2022 prévoit d’ajouter près d’un milliard d’euros d’investissement immobilier. Cette course à la construction, outre qu’elle représente un gouffre financier, grève le budget consacré au parc carcéral. Alors qu’une importante proportion de prisons existantes sont vétustes et insalubres, contribuant largement à l’indignité des conditions de détention, les dépenses d’entretien sont limitées à 80 millions d’euros. Une somme bien négligeable quand les pouvoirs publics estiment à 7 millions d’euros les montants nécessaires aux travaux de rénovation – partiels – pour la seule prison de Nouméa.

Surtout, ce budget colossal ne permettra pas de réduire la surpopulation carcérale. Le programme de construction est en effet voué à absorber l’augmentation prévue du nombre de personnes détenues. Le gouvernement en escompte 80 000 à l’horizon 2027, soit 15 000 de plus en six ans, sans lien avec une éventuelle évolution de la démographie ou de la délinquance.

Dans le même temps, le budget 2022 alloué aux alternatives à l’incarcération stagne à 39,8 millions d’euros, signe du manque d’ambition de la loi pour la programmation de la Justice (LPJ) dans ce domaine. Seuls 300 000 euros supplémentaires sont injectés dans le placement à l’extérieur. Une avancée dérisoire : en pratique, elle permettra seulement l’ouverture de 26 places supplémentaires. Quant au renforcement des moyens humains, si l’ouverture de 170 postes de conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation est bienvenue, elle reste insuffisante à combler le déficit humain actuel, et donc a fortiori à favoriser la mise en œuvre effective du « bloc peine » de la LPJ.

Les indicateurs d’impact pour 2022 traduisent d’ailleurs clairement l’ineffectivité des politiques mises en œuvre, preuve que le gouvernement ne croit pas lui-même en leur portée. Alors qu’il affiche, à travers la LPJ et aujourd’hui encore avec son projet de loi pour la confiance dans l’institution judiciaire, un objectif de réduction des très courtes peines de prison, « désocialisantes et n’ayant aucun impact favorable au titre de la récidive, au profit d’alternatives à l’incarcération », le gouvernement prévoit que la part des personnes exécutant des peines de prison de moins de six mois s’élèvera à 21% des détenus condamnés. Une proportion en augmentation par rapport à 2020. Quant à l’impact de ces réformes sur la détention provisoire, le gouvernement affirme qu’il sera « positif sur l’ensemble des indicateurs, en particulier le contrôle judiciaire » tout en présentant des prévisions de performance sans évolution, tant sur le pourcentage des prévenus en détention – actuellement de près d’un tiers – que sur le nombre de contrôles judiciaires.

En ne prévoyant aucune diminution du taux d’occupation des établissements pénitentiaires en 2022 – à savoir 129% en maison d’arrêt et 94% en centre de détention –, le gouvernement anticipe l’échec de ses réformes. Pire, 2023 marquerait une nouvelle hausse. Un constat malheureusement attendu en l’absence de volonté du gouvernement de « tirer les leçons de [l’]inefficacité » des mesures prises depuis trente ans pour enrayer la surpopulation carcérale, comme l’y invitait pourtant le Comité européen pour la prévention de la torture en juin dernier.

Dans les prisons, la réinsertion éclipsée

S’il est une ligne du budget pour lequel le gouvernement se donne les moyens de ses ambitions, il s’agit des « évolutions substantielles en matière de sécurisation des établissements pénitentiaires ». C’est à ce poste de dépenses que s’observe la plus importante évolution budgétaire : une augmentation exponentielle de 120%, portant le budget de 60 à plus de 145 millions d’euros.

Un renforcement sécuritaire, qui mobilise les moyens au détriment d’une politique tournée vers la réinsertion et risque en outre d’accroître les tensions. Depuis une vingtaine d’années, le Conseil de l’Europe invite en ce sens à sortir d’une logique purement défensive de la sécurité, au bénéfice d’un modèle dit de « sécurité dynamique » qui mettrait l’accent sur la dignité des conditions de détention et la qualité des relations sociales qui y prennent place, comme le défendait également en 2008 un groupe de travail sur la violence constitué au sein de la direction de l’administration pénitentiaire.

À l’inverse, le budget dévolu à la prévention de la récidive et à la réinsertion (91 millions d’euros) reste rudimentaire face à la pénurie d’activités proposées en détention. Une évolution indispensable est certes engagée : la somme allouée à la lutte contre la pauvreté est quasiment doublée, afin de permettre la revalorisation de 10 euros de l’aide versée aux personnes dites sans ressources suffisantes en prison – figée depuis 2013 – et un relèvement des seuils d’indigence. Cette augmentation n’invite cependant malheureusement pas à se réjouir dès lors qu’elle a pour seul objectif « d’atténuer les effets de la très grande pauvreté », elle-même croissante.

En janvier 2020, la Cour européenne des droits de l’Homme condamnait la France pour l’indignité de ses conditions de détention et la surpopulation de ses prisons. Près de deux ans plus tard, force est de constater que les choix d’orientation budgétaire ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Appel à mobilisation : le 25 novembre, disons stop aux violences sexistes !

Rassemblement porté par le collectif « Fénîmistes ! » pour la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Rejoignez-nous le 25 novembre à 18h30 devant le Palais de Justice de Nîmes!

Chaque jour, dans notre pays et dans le monde, des femmes sont victimes de violences psychologiques, verbales, sexistes, économiques, médicales, physiques et/ou sexuelles.

La violence à l’égard des femmes découle d’une longue histoire de rapports de force inégaux entre femmes et hommes et de traditions patriarcales. Cette situation conduit à la domination des femmes par les hommes et aux discriminations et violences à leur encontre, les empêchant de s’émanciper pleinement. La violence est l’un des principaux mécanismes sociaux et outils de domination par lesquels les femmes sont maintenues en situation d’infériorité par rapport aux hommes.

Depuis 1999, le 25 novembre est la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles, aussi appelée Journée de lutte contre les violences faites aux femmes.

Mercredi 25 novembre 2020, le collectif Fénîmistes !, soutenu par ATTAC 30, la CNT 30, Ensemble, femmes solidaires, la FSU 30, Génération-s, La France Insoumise, la ligue des droits de l’homme, Nous Toutes 30, le PCF du Gard, le PS du Gard et l’union syndicale Solidaires du Gard, donne rendez-vous à tous et toutes au tribunal de Nîmes à 18h30, et appelle tous ceux et toutes celles qui veulent en finir avec ces violences à une action symbolique pour exprimer notre force, notre colère et notre détermination et faire entendre nos voix et nos revendications.

Ce rassemblement se fera dans le respect des mesures sanitaires en vigueur. Nous porterons la voix de celles qui ne peuvent plus parler, assassinées parce qu’elles étaient des femmes. Nous porterons la voix des enfants victimes ou co-victimes de violences et de toutes les femmes qui cumulent les violences en raison de leur situation de handicap, de vulnérabilité, de leur âge, de leur origine sociale, de leur statut de réfugiées ou de migrantes, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou parce qu’elles sont racisées. Nous porterons la voix des femmes polonaises qui luttent actuellement pour le maintien du droit à l’IVG. C’est un droit fondamental de vivre à l’abri des violences et ce droit est chaque jour bafoué, dans l’indifférence. Qu’elles aient lieu à la maison, à l’école, au travail ou dans la rue, ces violences ne sont pas une fatalité : les solutions existent, elles sont connues et reconnues, elles sont défendues par les associations de terrain. Les victimes doivent être protégées et mises en sécurité, les auteurs de violence doivent être sanctionnés, mais pour cela il manque aujourd’hui une réelle action politique et des moyens.

Le Grenelle sur les violences n’a rien changé. Les moyens n’ont pas été mis pour lutter contre les violences faites aux femmes tandis que le gouvernement arrose de milliards les entreprises et l’économie. Et ce gouvernement avec un ministre de l’intérieur accusé de viol, un ministre de la justice sexiste et un ministre de l’éducation qui conseille des tenues « républicaines » aux jeunes filles et jeunes femmes a montré ainsi son mépris pour les femmes victimes.

L’élément clef d’une éducation non-sexiste est complètement ignoré : le corps des femmes, jugé tour à tour « trop couvert » ou « pas assez couvert », est encore et toujours contrôlé par le système patriarcal institutionnalisé.

Nous exigeons donc :- de la prévention et de la formation obligatoires et systématiques à l’école pour une éducation non sexiste, ainsi que des campagnes de communication nationales pour lutter contre les stéréotypes de genre ;

– une réelle égalité professionnelle (accès à l’emploi, temps de travail, carrière, salaires, retraite) pour permettre aux femmes une indépendance économique ;

– une obligation pour les entreprises et les administrations de prévention et de traitement du harcèlement et des violences sexistes et sexuelles sur les lieux de travail ;

– un accès à la contraception et à l’IVG pour toutes et dans tous les territoires ;

– des moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes à hauteur d’un milliard d’euros : formation des professionnel·le·s à accueillir la parole des victimes, à détecter les violences et à réagir efficacement, financement renforcé des associations d’aide aux femmes victimes, ouverture de places d’hébergement d’urgence et pérennes et augmentation des moyens de prise en charge matérielle et psychologique pour les victimes, accélération des procédures judiciaires d’éloignement pour les conjoints violents. Nous dénonçons le manque de moyens pour lutter contre les violences conjugales, alors que celles-ci sont aggravées par le confinement.

Rejoignez-nous le mercredi 25 novembre à 18h30 devant le tribunal de Nîmes.

Confinement et libertés publiques

Dans le contexte de crise sanitaire actuelle, les autorités françaises ont adopté des mesures de confinement destinées à freiner la pandémie de Covid-19. Des restrictions de circulation ont été édictées pour faire face à cette situation exceptionnelle. Notre section locale, sans contester la légitimité de ce dispositif inédit, entend rester attentive et vigilante sur les situations de contrôle des déplacements dérogatoires des citoyens qui révéleraient des abus, des violences et/ou des discriminations. Si vous aviez à déplorer une telle situation, vous pouvez nous envoyer un message via Facebook (ligue des droits de l’Homme section Nîmes) ou sur ldh.nimes@ldh-france.org.
Pour information, voici un document qui fait le point sur l’achat de produits de première nécessité et la verbalisation ainsi que les problématiques de l’inspection visuelle, la fouille des bagages, de vos sacs ou de vos poches.
Prenez-soin de vous!

Communiqué SOS Méditerranée

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Le 4 novembre, cela fera un mois que l’Aquarius a regagné le port de Marseille sans pouvoir repartir faute de pavillon. Un pavillon qui lui a été retiré non pour des raisons techniques mais politiques : pour l’empêcher de repartir sauver des vies en mer. Une première dans l’histoire du monde maritime qui doit être dénoncée tant elle est inacceptable.

Pendant ce temps, l’information sur la forte baisse du nombre de traversées de la Méditerranée circule et cache une autre réalité, glaçante. Le nombre de personnes interceptées par les garde-côtes libyens et ramenées dans les camps de détention vient de dépasser celui des arrivées en Europe. En septembre, 1 personne sur 8 qui tente la traversée meurt en Méditerranée centrale, selon les révélations du HCR.

A terre, en France, il faut aussi lutter contre les fausses informations. Un groupe extrême mène une attaque violente au siège de notre association à Marseille et prétend qu’il s’agit d’une occupation pacifique. Les faits ont été rétablis publiquement. Les assaillants, leurs supporters, et tous ceux qui calomnient l’organisation et ses membres seront poursuivis devant les tribunaux.

Heureusement, nos soutiens ne sont ni dupes ni indifférents. Une vague de contestation orange a déferlé sur plus de 70 villes en France et en Europe le 6 octobre pour défendre l’Aquarius et le sauvetage en mer.

Cette vague doit grossir et gronder encore plus fort pour atteindre les dirigeants européens et permettre à l’Aquarius de reprendre sa mission. Signez et partagez la pétition ! Déjà 258 000 signatures collectées.

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APPEL A UN RASSEMBLEMENT EN MEMOIRE DE KANTRA

 

Peu avant Noël, Kantra DOUCOURE, jeune Malien de 18 ans, s’est suicidé. A la fin de la mesure de protection, à sa majorité , il s’était retrouvé à la rue sans aucune perspective en France.
L’association « Adolescents sans frontières » qui le parrainait, s’est donné pour but l’accompagnement, l’aide morale, le soutien affectif aux jeunes mineurs isolés étrangers dans le Gard. Elle veut rendre public ce drame pour que cela ne se renouvelle pas.
« Adolescents sans frontières » demande que ces jeunes soient accueilli e s, qu’ils jouissent de tous leurs droits: protection, hébergement, éducation, santé, aide aux jeunes majeurs…
Les jeunes « mineurs non accompagnés » ont en France les mêmes droits que tous les mineurs, nous voulons une véritable égalité de droits.

L’association Adolescents sans frontières appelle à un rassemblement en hommage à Kantra DOUCOURE – mercredi 10 Janvier à 18h30 devant la préfecture à Nîmes.

Adolescents sans frontières appelle toutes les associations, syndicats mouvements politiques à se joindre à ce rassemblement.

(voir ci-dessous le communiqué de l’association et le témoignage de Solène Bourgoin, marraine de Kantra Doucoure)

Revue de presse

Reportage ViaOccitanie TV avec le témoignage de la famille de Solène :
http://adossansfrontiere.collectif-citoyen.fr/2018/01/la-famille-nimoise-parrainant-kantra-temoigne/

Midi-Libre :
http://adossansfrontiere.collectif-citoyen.fr/2018/01/lhommage-au-jeune-kantra/
http://adossansfrontiere.collectif-citoyen.fr/2017/12/nimois-pleurent-disparition-kantra/

La Marseillaise du 05/01/2018 :
http://adossansfrontiere.collectif-citoyen.fr/2018/01/kantra-mort-devant-son-reve-de-vie-en-france/

La Gazette de Nîmes, publication en ligne du 04/01/2018 :
http://adossansfrontiere.collectif-citoyen.fr/2018/01/mort-de-kantra-un-rassemblement-en-son-hommage-mercredi-prochain/

L’Humanité du 03/01/2018 :
http://adossansfrontiere.collectif-citoyen.fr/2018/01/kantra-18-ans-victime-de-la-politique-macron/

InfoMigrants du 02/01/2018 :
http://adossansfrontiere.collectif-citoyen.fr/2018/01/desespere-un-jeune-malien-se-jette-sous-un-train-en-region-parisienne/

LE TEMOIGNAGE DE SOLENE BOURGOUIN, MARRAINE DE KANTRA

Je suis la marraine de Kantra Doucouré, qui s’est jeté sous un train la semaine dernière en région parisienne. Il avait eu 18 ans le 14 novembre.

J’avais fait la connaissance de Kantra au printemps dernier. Kantra avait quitté le Mali à 15 ans et était arrivé (via l’Algérie, la Lybie puis l’Italie) à Nimes en février 2016. Il avait trouvé sa place dans notre famille, nous avait accompagné en vacances cet été, était de toutes nos activités… En octobre dernier il avait été admis pour faire un CAP Cuisine « à condition de trouver un patron ». Après un stage de deux semaines dans un restaurant, il lui avait été proposé un contrat pour 2 ans. Au sein d’une chouette équipe, avec une patronne vraiment bienveillante. Kantra était tellement heureux… Après tous ces mois de galère, enfin l’espoir.

Une semaine avant ses 18 ans, l’assistante sociale lui a annoncé que son contrat ne pouvait être signé, car pour prétendre à un titre de séjour, la préfecture exigeait 6 mois de scolarisation / professionnalisation avant les 18 ans. Pourquoi ne nous avait-on pas informé de cela plus tôt ???

On a insisté, insisté… jusqu’à ses 18 ans… Mais rien à faire. Kantra était effondré. Il disait qu’il était « maudit », que tout le monde était contre lui. Lui si gentil, attentif aux autres, volontaire, intelligent…

Le jour de ses 18 ans, il a développé des éléments de délire paranoïaque. Pensant que son téléphone était sur écoute, qu’on voulait le renvoyer au Mali, et même l’empoisonner… Il tremblait, bégayait… Un médecin l’a vu, a proposé une hospitalisation en psychiatrie, que Kantra a refusé. Le 21 novembre, il a été mis à la porte du foyer. Orienté vers les foyers d’hébergement d’urgence. Je lui ai dit de sonner à la maison s’il était à la rue. Je ne l’ai plus revu. Il ne répondait pas à mes messages.

Son oncle qui l’a hébergé ces 2 dernières semaines à Paris a évoqué les éléments paranoïaques qui persistaient. A partir du jour de ses 18 ans, ça n’a plus été le même. Mes enfants qui l’adoraient ne comprenaient pas (« Maman pourquoi il est devenu fou ? »).

Si ce contrat avait été signé, on n’en serait pas là aujourd’hui…

Si ce témoignage peut servir pour l’avenir de ces jeunes, qui ont vécu tellement de traumatismes…

Avec mille pensées pour sa maman.

Solène Bourgouin